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Les musardises de Parisianne

Des corps dans l'atelier, chez Rodin

27 Mai 2013, 20:26pm

Publié par Parisianne

Au musée Rodin dernièrement, une lecture par Charles Gonzalès et François Marthouret sur le thème du rapport de l'artiste au modèle.

Des textes de Michel Ange, Antoine Bourdelle, Jean Genêt ou Giacometti mais aussi de très nombreux écrits de Rodin lui-même ainsi que des extraits de L'Art, Auguste Rodin, entretiens réunis par Paul Gsell.

Une lecture vivante, un véritable dialogue entre les deux acteurs ont fait de ce moment un instant privilégié. 

Rodin évoque dans L'Art son rapport au corps, j'ai découvert qu'il aimait s'entourer de modèles hommes et femmes qu'il invitait à se déplacer nus dans l'atelier afin d'observer les corps, les mouvements et donner ainsi plus de vie à son travail.

Voici un extrait de ces entretiens, c'est un peu long mais vraiment, prenez le temps de le lire, c'est très intéressant :

"Dans son atelier circulent ou se reposent plusieurs modèles nus, hommes et femmes.

Rodin les paie pour qu’ils lui fournissent constamment l'image de nudités évoluant avec toute la liberté de la vie. Il les contemple sans cesse, et c’est ainsi qu’il s’est familiarisé de longue date avec le spectacle des muscles en mouvement. Le nu qui pour les modernes est une révélation exceptionnelle, et qui, même pour les sculpteurs, n’est généralement qu’une apparition dont la durée se limite à la séance de pose, est devenu pour Rodin une vision habituelle. Cette connaissance coutumière du corps humain, que les anciens Grecs acquéraient à contempler les exercices de la palestre, le lancement du disque, les luttes au ceste, le pancrace et les courses à pied et qui permettait à leurs artistes de parler naturellement le langage du nu, l’auteur du  Penseur se l'est assurée par la présence continuelle d’êtres humains dévêtus qui vont et viennent sous ses yeux. Il est arrivé de cette façon à déchiffrer l’expression des sentiments sur toutes les parties du corps.

Le visage est généralement considéré comme le seul miroir de l’âme ; la mobilité des traits de la face nous semble l’unique extériorisation de la vie spirituelle.

En réalité, il n’est pas un muscle du corps qui ne traduise les variations intérieures. Tous disent la joie ou la tristesse, l’enthousiasme ou le désespoir, la sérénité ou la fureur... Des bras qui se tendent, un torse qui s’abandonne sourient avec autant de douceur que des yeux ou des lèvres. Mais pour pouvoir interpréter tous les aspects de la chair, il faut s’être entraîné patiemment à épeler et à lire les pages de ce beau livre. C’est ce que firent les maîtres antiques aidés par les mœurs de leur civilisation. C’est ce qu’a refait Rodin de nos jours par la force de sa volonté.

Il suit du regard ses modèles ; il savoure silencieusement la beauté de la vie qui joue en eux  […]

Certain soir, quand la nuit eut commencé à feutrer l’atelier de traits d’ombre, et tandis que les modèles se rhabillaient derrière des paravents, je m’entretins avec le maître de sa méthode artistique.

— Ce qui m’étonne chez vous, lui dis-je, c’est que vous agissez tout autrement que vos confrères. Je connais beaucoup d’entre eux et je les ai vus au travail. Ils font monter le modèle sur le piédestal qu’on nomme la table et ils lui commandent de prendre telle ou telle pose. Le plus souvent même ils lui plient ou lui allongent les bras et les jambes à leur guise, ils lui inclinent ou lui redressent le torse et la tête suivant leur désir, tout à fait comme s’il s’agissait d’un mannequin articulé. Puis ils se mettent à la besogne.

Vous, au contraire, vous attendez que vos modèles prennent une attitude intéressante, pour la reproduire. Si bien que c’est vous qui paraissez être à leurs ordres plutôt qu’eux aux vôtres.

Rodin, qui était en train d’envelopper ses figurines de linges mouillés, me répondit doucement :

— Je ne suis pas à leurs ordres, mais à ceux de la Nature.

Mes confrères ont sans doute leurs raisons pour travailler comme vous venez de le dire. Mais, en violentant ainsi la Nature, et en traitant des créatures humaines comme des poupées, ils risquent de produire des œuvres artificielles et mortes. "

 

Le rapport de l'artiste aux corps des modèles a donc été longuement abordé lors de cette lecture mais une question a également été posée : une oeuvre créée dans un environnement particulier -lumière, atmosphère- ne perd-elle pas un peu de son âme en quittant l'atelier de l'artiste pour rejoindre la demeure d'un collectionneur ou la salle d'un musée ? Il semble que Brancusi ait réglé le problème en léguant à l'Etat son atelier en l'état !

 

"Le moulage ne reproduit que l’extérieur; moi je reproduis en outre l’esprit, qui certes fait bien aussi partie de la Nature. Je vois toute la vérité et non pas seulement celle de la surface. J’accentue les lignes qui expriment le mieux l’état spirituel que j’interprète." Auguste Rodin
"Le moulage ne reproduit que l’extérieur; moi je reproduis en outre l’esprit, qui certes fait bien aussi partie de la Nature. Je vois toute la vérité et non pas seulement celle de la surface. J’accentue les lignes qui expriment le mieux l’état spirituel que j’interprète." Auguste Rodin
"Le moulage ne reproduit que l’extérieur; moi je reproduis en outre l’esprit, qui certes fait bien aussi partie de la Nature. Je vois toute la vérité et non pas seulement celle de la surface. J’accentue les lignes qui expriment le mieux l’état spirituel que j’interprète." Auguste Rodin
"Le moulage ne reproduit que l’extérieur; moi je reproduis en outre l’esprit, qui certes fait bien aussi partie de la Nature. Je vois toute la vérité et non pas seulement celle de la surface. J’accentue les lignes qui expriment le mieux l’état spirituel que j’interprète." Auguste Rodin
"Le moulage ne reproduit que l’extérieur; moi je reproduis en outre l’esprit, qui certes fait bien aussi partie de la Nature. Je vois toute la vérité et non pas seulement celle de la surface. J’accentue les lignes qui expriment le mieux l’état spirituel que j’interprète." Auguste Rodin
"Le moulage ne reproduit que l’extérieur; moi je reproduis en outre l’esprit, qui certes fait bien aussi partie de la Nature. Je vois toute la vérité et non pas seulement celle de la surface. J’accentue les lignes qui expriment le mieux l’état spirituel que j’interprète." Auguste Rodin

"Le moulage ne reproduit que l’extérieur; moi je reproduis en outre l’esprit, qui certes fait bien aussi partie de la Nature. Je vois toute la vérité et non pas seulement celle de la surface. J’accentue les lignes qui expriment le mieux l’état spirituel que j’interprète." Auguste Rodin

Commenter cet article
P
Chochana BOUKHOBZA doit passer sur Arte vendredi vers 23 h - c'est toujours un plaisir de lire à nouveau un tel article. Bisous
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É
Merci de nous faire partager ces textes intéressants sur la façon de travailler de Rodin. Bonne soirée et bisous
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V
finalement, c'est un peu comme pour une photo...quand la personne pose, la photo manque de vie! gros bisous Anne. cathy
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K
Un sculpteur qui laissait parler son ressenti avant tout je pense, belle journée Anne
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P
Merci Anne pour cet article qui me fait tellement plaisir. Je connais le musée Rodin à Paris mais pas celui de Meudon et je le regrette.
Après un séjour à Lyon, je termine celui chez mes grands et je vais retourner voir Angers. Cet après-midi je vais découvrir le lycée de ma belle fille - Ses élèves ont rencontré Chochana BOUKHOBZA pour le roman "Le troisième jour" ; après entretien et discussion avec l'auteur les jeunes ont travaillé et réinventé la fin du roman.
Chochana a été enthousiaste par cette idée et émue des écrits. Elle revient donc cet après-midi et ma belle fille m'a invitée - évidemment j'ai lu le roman, les fins travaillées par les jeunes - ce sera certainement un beau moment.
Une pensée sera pour toi, aussi je t'embrasse affectueusement. Maryvonne
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