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Les musardises de Parisianne

Paul Andreu, Kaléidoscope

20 Avril 2021, 21:38pm

Publié par Parisianne

Paul Andreu, Kaléidoscope

Elle m'a appris à lire.
Je savais mes lettres [...]. Elle m'a appris que je pouvais, sans rompre le silence, prêter ma voix aux auteurs afin d'entendre la leur dans son rythme et ses intonations, lire l'écriture comme un musicien la musique.

Il y a quelques années déjà, je vous parlais d'un livre qui m'a profondément touchée, Enfin, de Paul Andreu. Depuis, bien des choses se sont passées, nous avons connu une situation inédite dont nous ne voyons pas le bout et les lectures auxquelles j'assistais avec bonheur grâce à l'Association Textes et Voix n'ont malheureusement pas pu se tenir depuis longtemps.

Pourquoi je parle de Textes et Voix, simplement parce que c'est par cette association que j'ai découvert Paul Andreu et son œuvre. Paul Andreu, architecte, peintre et écrivain s'est éteint en 2018 mais son dernier roman, Kaléidoscope vient d'être publié à titre posthume.

Vous défendez bien un point de vue, c'est cela qui compte. C'est un talent rare ce talent de vouloir convaincre et de savoir le faire. Méfiez-vous cependant des talents. Ils sont utiles. Ils ne sont utiles qu'à des causes qui les dépassent. Ne l'oubliez pas. Un talent est un serviteur. Quand il prend le dessus, il n'est plus qu'un faux ami qui vous perdra.

Paul Andreu, Kaléidoscope

Le chantier avance. A la date prévue, on coule les fondations du premier bâtiment, la bibliothèque. Le client, toujours pratique, s'étonne de cet empressement pour une fonction et une construction que l'informatique et Internet, omniprésents rendent bien désuètes. Mais non, si l'architecte l'a voulue là, au centre, visible depuis l'entrée, c'est parce qu'elle symbolise, digitalisation ou pas, la rencontre avec la connaissance, dans sa continuité, son développement, son renouvellement. La rencontre, pas la dévotion, ce n'est pas un temple imposant mais un lieu de travail protecteur, un lieu de silence. Ce silence n'y est pas une contrainte mais la condition essentielle, celle de penser, de juger, d'apprendre, celle qu'Internet, dans l'usage qu'on en fait, malmène souvent.

Si je me suis amusée à mettre l'œil de mon appareil photo dans le kaléidoscope, qui fascinait tant mon fils petit, sur le bouquet de fleurs dont vous reconnaitrez les couleurs, le Kaléidoscope de Paul Andreu est plus coloré encore, mais ce sont des couleurs vivantes.

Chaque chapitre de ce livre présenté comme un roman pourrait être considéré comme une nouvelle, pourtant, c'est l'histoire d'un architecte nouvellement disparu (oui je sais c'est une triste coïncidence) que l'auteur nous offre de découvrir à travers les personnes qui l'ont côtoyé plus ou moins intimement. Il semble donc le fil conducteur du texte, ou devrais-je dire la pile centrale de l'édifice ? De chapitre en chapitre nous croisons donc une éditrice fatiguée qui paraît réécrire sa propre histoire en lançant celle d'une jeune auteure, un apprenti architecte, des hommes et des femmes qui s'aiment et se laissent, un astrophysicien et bien sûr des constructions qui se font ou de défont. 

Chacun devrait trouver dans un bâtiment la protection qu'il recherche, devrait pouvoir y grandir, comme le font les plantes quand elles sont cultivées, mais libres, dans une serre.

D'infimes indices nous sont parfois donnés pour reconnaître les personnages et j'avoue m'être parfois un peu perdue dans les liens entre les différents protagonistes mais j'ai été sensible au fil conducteur qu'est le jardin du Luxembourg, et je me suis laissée porter par l'écriture de Paul Andreu qui ne me laisse pas indifférente.

J'ai aimé les évocations de son métier d'architecte bien sûr, mais l'homme de lettres - j'ai failli écrire l'homme de l'être - n'est jamais loin et le poète s'immisce entre les lignes les plus sérieuses. 

Un bel ouvrage, comme un adieu. Je vous invite sincèrement à vous y intéresser.

Paul Andreu, Kaléidoscope

Quand le jour est venu, j'ai pensé le lui avoir volé.

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I
heureuse de vous retrouver
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E
Je comprends à quel point ces séances de partages voix/textes doivent te manquer, le temps paraît si lointain de ces possiblités de rencontres...
Merci de mettre en lumière cet auteur et cette oeuvre posthume. J'aime l'objet du kaléidoscope et tout ce qu'il suggère. Ta photo est attirante et énigmatique, bien en adéquation avec le principe du beau surgissant de l'étrange, de l'idée qu'il est bon de se laisser surprendre.
Je note ce titre dans mon petit carnet "à lire".
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P
Oui eMmA, ces séances me manquent, pourtant je ne suis pas la plus en recherche de rencontres d'une manière générale, mais le simple fait de ne pouvoir accéder librement à une offre culturelle, flâner dans un musée ou entraîner Gilles au théâtre devient pesant. Je n'ose même pas imaginer les drames pour les acteurs de ces domaines...
Belle journée malgré tout, pour moi c'est Paris musée à ciel ouvert aujourd'hui, j'ai beaucoup de chance !
Je t'embrasse