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Les musardises de Parisianne

Papotage avec : Alain Emery

19 Avril 2021, 09:50am

Publié par Parisianne

Papotage avec : Alain Emery

Je vous ai parlé il y a peu de Horn d'Alain Emery aux Editions Terres du couchant, et vous savez tous qu'Alain, en plus d'être un auteur que j'apprécie, est avant tout un ami très cher. Alors je me suis amusée à lui poser des questions à ma façon, et voici donc ses réponses. 

Alain merci d'avoir joué le jeu de ma fantaisie !

Mais avant d'entrer dans cet échange, il est tout de même important que vous sachiez qu'avec ce magnifique texte Alain Emery est en lice pour le prix Louis-Guilloux, vous pouvez lire l'article en suivant ce lien ici

 

S’il y avait un écrivain et un seul que tu puisses ressusciter pour une conversation ce serait qui ? Et quel serait ton premier... reproche ?

Giono, à l’évidence. Mais je ne vois pas ce que je pourrais lui reprocher. En revanche, ce serait l’occasion pour moi de le remercier : je lui dois ma farouche liberté. J’ai compris avec lui que je pouvais porter mon regard à ma guise, envoyez paître les cercles et les cours, ne rien attendre et composer en artisan, dans mon coin. Je ne cherche que mon bonheur et peu m’importe qu’il soit ou non dans l’air du temps. 

Qu’est-ce qui te pousse à revenir souvent vers le format court, voire très court, qui me semble être le format le plus représenté dans ton travail ?

Sur une courte distance, on se voit contraint de densifier la langue et de livrer des textes plus ramassés. Chaque phrase compte. Ni l’errance ni le relâchement ne sont permis. Mon plaisir est sans doute là, dans cette tension, cette exigence très personnelle. Que ce ne soit pas à la mode m’importe peu. Je ne me pose plus la question de la longueur : elle s’impose d’elle-même.

Y a t-il une constante dans la naissance d’un texte ? Te faut-il un élément déclencheur, lequel est le plus fréquent (photo, musique, parfum, rencontre, silence ou que sais-je encore !)

Il n’y a pas de règle, à vrai dire. La photographie a toujours joué un rôle important dans mon travail mais, en réalité, tout fait ventre. Je saisis tout ce qui passe à ma portée : une anecdote, une toile, un paysage, mes souvenirs  - ce que j’appelle ma mythologie personnelle, mes diables et mes dieux, glanés dans l’enfance. Horn, d’ailleurs, vient de ce dernier territoire. J’y ai puisé les marins, les anecdotes propres à l’Occupation, tout un tas de détails pour le décor ; et un esprit singulier, peut-être.

Réfléchis-tu longtemps avant d’écrire où bien t’y mets-tu tout de suite ?

Je ne songe, la plupart du temps, qu’au texte à venir ; et je ne suis par conséquent jamais tout à fait avec ceux qui m’entourent. Du reste, il est rare que je puisse me lancer si je n’ai pas le titre et la première phrase. En revanche, si j’ai un cap, une idée précise de l’endroit où je veux aller, je n’ai pas besoin de plan. Mais entre le moment où l’idée naît et le celui où j’attaque la rédaction, il me faut du temps, pour apprivoiser mes personnages – quand ils sont pures inventions – ou pour engranger des notes – quand ils sont réels. Nous faisons connaissance, en somme. C’est parfois très rapide mais il arrive que ça dure des années, comme avec Horn...

Toi qui écris tous les jours, utilises-tu tout ce que tu écris ? Ou bien t’arrive t-il de noter des choses pour la simple envie d’écrire ?

J’aime écrire. Profondément, passionnément. Il arrive que je compose des textes très courts – que je relève désormais sur une sorte de carnet de bord – et ils n’ont pas, dans l’absolu, vocation à être publiés. Il y a aussi des fragments – observations sur le vif, descriptions, dialogues – qui forment une mine dans laquelle je pioche,  quand le besoin s’en fait sentir. Je ne m’interdis rien : il m’arrive de réutiliser un fragment, d’en extraire une phrase, une formule. C’est la cuisine des anges...

Plus clairement, l’écriture de chaque jour est-elle un texte en soi ou une succession de notes qui te serviront plus tard, de tournures qui te viennent à l’esprit, de mots qui te plaisent ?

Je prends beaucoup de notes, que je conserve, sans trop savoir du reste ce que j’en ferai. Mais quand je me lance dans un manuscrit, je m’y consacre tout entier. C’est la haute mer. Il faut la traverser, la vaincre. Rejoindre à tout prix l’autre rive. Rien d’autre ne compte.

Quel élément t’inspire le plus ? Tu es mer mais tu te montres terre aussi, et c’est la première fois je crois que tu nous fais faire le grand écart entre mer et montagne !

La mer, je l’ai sous les yeux depuis mon plus jeune âge. Elle a longtemps été mon terrain de jeu. Les nuances y sont reines et la décrire est encore et toujours un plaisir, inépuisable. Ce qui ne m’empêche pas d’avoir soif d’autres décors. Je suis d’une nature gourmande. Avec Horn, j’ai opposé deux mondes – qui sont en réalité semblables. À la symbolique – qui comptait pour l’histoire – s’ajoutait la joie toute simple de peindre.

Quelle question rêves-tu que l’on te pose et que personne ne t’a jamais posée ?

"L'écriture vous rend-elle heureux ?"

Mais si on ne me la pose pas c'est sans doute que la réponse est évidente...

Question bonus parce que nous sommes gourmands des secrets d'auteurs ! Et parce que je suis très curieuse !

Alain, quel est selon toi, le substantif que tu emploies le plus? Mais aussi le verbe et l'expression !

Alors, le substantif : l'ombre. Ex-aequo avec la lumière. Mes histoires se partagent entre l'ombre et la lumière, justement.

Le verbe, ce sera sembler. Je ne me fie pas aux apparences. 

Et l'expression qui me vient de ma mère : "maigre comme un cent de clous" ! 

Papotage avec : Alain Emery
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eMmA MessanA 19/04/2021 11:17

Merci Anne de lever un peu le voile sur cet écrivain lié au grand large de l'criture.