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Les musardises de Parisianne

Roger Gouze, Les Bêtes à Goncourt, un demi-siècle de batailles littéraires

14 Juillet 2020, 18:58pm

Publié par Parisianne

Roger Gouze, Les Bêtes à Goncourt, un demi-siècle de batailles littéraires

Vous avez, dans mes divers commentaires sur les prix Goncourt, pu voir certaines citations d'ouvrages de référence sur le sujet.

Je m'amuse en effet, à lire également les critiques qui ont pu être diffusées au fil des années puisque vous savez comme moi qu'un prix ne manque jamais ni de défenseurs ni surtout de détracteurs.

Trouvé grâce à un bouquiniste de la Rive Droite, à Paris, cette étude des prix par Roger Gouze est non seulement intéressante mais drôle. Roger Gouze se place plutôt dans le camp des détracteurs de tous les prix, il dénonce les petits arrangements entre amis, éditeurs, ou autres journalistes mais son livre est étayé de nombreuses citations qui en font une véritable mine d'informations, charge à moi de creuser celles qui m'intéressent.

Pour vous donner le ton, je vous citerai une des dernières phrases du livre qui résume parfaitement l'esprit de l'auteur, avant de vous dire deux mots à son sujet.

Avec un livre qu'on découvre soi-même, on fait un mariage d'amour. Lire des prix littéraires, c'est se marier par agence matrimoniale.

Roger Gouze (1912-2005) licencié en philosophie, ancien élève d'Alain, a enseigné au Brésil avant de devenir Inspecteur général de l'Alliance française.

Ecrivain, professeur, journaliste, homme de théâtre, il a publié plusieurs romans.

 

Pour garder un recul suffisant et éviter les incertitudes de l'actualité [...], je propose de nous en tenir à la période 1903-1945. La leçon des quarante-deux premières années a peu de chances de se trouver démentie par les vingt-cinq suivantes.

C'est au cours d'une discussion littéraire entre amis (dont un récent primé) que la décision de se pencher sur les prix, et en particulier sur le Goncourt "le prix le plus prestigieux, celui qui les a presque tous engendrés" que Roger Gouze se lance dans cette étude destinée d'abord à la radio : "de 1968 à 1970 les "Ephémérides des Prix littéraires" aux Matinées de France-Culture."

Les textes conçus pour être entendus ont été adaptés à la lecture plus tardivement. Nous retrouvons ce principe avec Pierre Assouline et son livre Du côté de chez Drouant que vous pouvez écouter en podcast sur France-Culture, l'auteur lit lui-même son livre. 

On est en droit de se demander pourquoi, dès le premier vote, les Goncourt ne désignent ni le meilleur livre de l'année, ni l'écrivain le plus jeune, trahissant d'emblée les clauses et les conseils du testament. [...] C'est la première "affaire" de l'académie Goncourt, qui en connaîtra d'autres...

Effectivement, si on suit le raisonnement de Roger Gouze, chaque année à son "affaire" puisque rares sont les lauréats à trouver grâce à ses yeux. Il ne s'agit bientôt plus essentiellement que du Goncourt, le Femina, le Renaudot, le prix Interallié, même le prix des Deux-Magots, tous sont sujet à critiques.

Ce qui est intéressant, au-delà d'un certain parti pris, ce sont, comme je l'ai déjà évoqué, les nombreuses citations de documents d'époque, ainsi que les témoignages des uns et des autres. 

Un autre point m'a grandement intéressé, pour la période qui occupe Roger Gouze, je vous rappelle que par diplomatie il arrête son étude à 1945, il a étayé son propos en citant les romans mis en concurrence avec le Goncourt et qui auraient, selon lui, mérité d'être primés.

Bien sûr, si l'on prend les plus connus, Elder face à Alain-Fournier en 1913, ou Céline face à Mazeline en 1932, on ne peut que se ranger à son avis, l'auteur malgré ses lauriers n'en est pas moins tombé dans l'oubli ! 

Certains mériteraient aujourd'hui d'être relus pour leurs seules qualités d'écriture.

Un point qui occupe grandement Roger Gouze dans cet ouvrage concerne les petits arrangements - voire dérangements - entre amis - ennemis. Des accords avec des éditeurs, aux accords entre membres des différents jurys des nombreux prix apparus au cours du siècle, chacun y va de son argumentation, et nous savons tous qu'aujourd'hui encore les suspicions sont nombreuses. Je terminerai par ce mot de Dorgelès que j'ai trouvé très drôle, on connaît les facéties du personnage : 

Les membres de l'académie Goncourt doivent passer six mois de l'année à lire des romans pour décerner leur prix. Je voudrais bien qu'ils ne fussent pas obligés de perdre les six autres à expliquer leur vote comme les députés lorsque le ministère est en danger.

Roland Dorgelès L'Intransigeant, 193

Quand on sait la querelle qui opposa Dorgelès à Proust pour le Goncourt 1919, et par leur intermédiaire la querelle entre Gallimard et Albin Michel, on ne peut que s'amuser de cette sortie en 1933, année qui verra la consécration de Malraux avec La Condition humaine !

Commenter cet article

Quichottine 15/07/2020 07:12

J'aime beaucoup les citations que tu nous offres, surtout la première, qui m'a fait rire. :)
J'ai tendance à ne pas lire les prix littéraires, mais je sais que certains en valent vraiment la peine.
Merci pour ce très beau partage.
Passe une douce journée. Je t'embrasse fort.