Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Les musardises de Parisianne

Patrick Tudoret, Juliette

23 Mars 2020, 21:59pm

Publié par Parisianne

Patrick Tudoret, Juliette

Je suis née dans la nuit du 16 au 17 février 1833, à Paris... à l'âge de vingt-six ans. Toutes les années écoulées n'avaient pas compté, ne pouvaient pas compter.

Vous avez fait connaissance avec Patrick Tudoret ici même il y a quelques temps déjà, à l'occasion de son très beau roman, L'homme qui fuyait le Nobel.

C'est le dernier roman de Patrick Tudoret qui va nous occuper aujourd'hui, Juliette,  Victor Hugo mon fol amour, aux éditions Taillandier.

Juliette, c'est Juliette Drouet bien sûr, le grand amour de notre grand écrivain. Juliette, née à Fougères en 1866, 4 ans après Victor Hugo, "ce siècle avait deux ans" vous vous souvenez, et qui le précédera de 2 ans dans la tombe, morte à Paris en 1883.

Avant de rencontrer Victor Hugo, Juliette Drouet a partagé la vie de James Pradier, sculpteur, avec qui elle aura une fille, Claire, morte prématurément.

Nos officieuses accordailles ayant été consommées, Toto et moi - je me suis toujours plu, dans l'intimité, à l'appeler Toto quand il m'appelle... Juju - embarquâmes sur un fleuve puissant et capricieux. Il était fou et j'étais folle. Comme par un acte de sang, je me donnais à lui corps et âme, rompant tout et tous.

C'est l'histoire de la passion d'une vie que l'auteur évoque dans ce roman, avec ses joies et ses drames. En faisant parler Juliette elle-même, Patrick Tudoret nous entraîne dans l'intimité de ce couple qui n'en est - officiellement - pas un et nous invite à les suivre dans ce parcours chaotique traversé par les engagements familiaux tout autant que politiques de Victor Hugo.

Le style est d'une grande élégance, l'histoire d'amour se glisse dans la grande histoire dans laquelle l'auteur des Misérables s'est toujours engagé avec les conséquences que l'on connaît - 19 ans d'exil, mais c'est la figure de Juliette, amoureuse prête à tous les sacrifices qui illumine ces pages. 

Tout grand esprit a ses faiblesses, surtout quand elles sont ses blessures.

De 1833 à la mort de Juliette en 1883, c'est une vie qui se déroule pour nous, nous invitant dans l'intimité du couple frappé d'autant de drames que de bonheurs, cinquante ans de passion, cinquante ans d'abnégation de la part de Juliette qui doit se résoudre à accepter les infidélités de son Toto, cinquante ans qui font un chemin dans l'histoire de notre pays et de notre littérature. 

La nuit, quand les yeux fermés j'affronte mes démons en faisant défiler ma vie, j'en suis ébahie. Que d'heures, de jours et de nuits, de mois entiers passés à mettre ses mots au propre. Copire son oeuvre, comme j'aimais le dire au plus aimé des souffleurs de vers, je m'y suis vouée de toutes mes forces, m'autorisant parfois une remarque, une idée qu'il avait la bonté de prendre au sérieux. Je suis emplie encore de ces pages souveraines : Les Misérables, La Légende des siècles, Les Rayons et les Ombres ou Quatrevingt-Treize dont les mots dansent encore devant moi.

Sous la plume alerte de Patrick Tudoret, Juliette réveille ces instants magiques que nous avons tous connus à la lecture de l'oeuvre de Victor Hugo.

Vous aurez comme moi, le bonheur de voir surgir entre les lignes Abel, Léopoldine, mais aussi Cosette ou encore Gavroche, et de deviner le grand homme attendri prendre "par la main les deux petits enfants" dans ce roman érudit, riche de l'attachement de l'auteur pour ces personnages autant que pour ses personnages.

Et si, mieux que tout autre chose, ce sacerdoce amoureusement consenti m'avait permis de pénétrer son âme, de comprendre en quoi les mots, les vers ou la prose d'un poète sont le meilleur de lui-même ?

Aucun doute, Patrick Tudoret maîtrise son sujet, connaît l'oeuvre de Victor Hugo mais plus que tout, il semble nourrir une tendresse profonde et une admiration sincère pour Juliette, Juliette l'amoureuse, Juliette la frondeuse, Juliette la passionnée.

Il me l'a tellement prouvé, cet amour, ayant fait de moi son amante absolue, sa complice en mille forfaits. C'est ainsi que nous eûmes beaucoup d'années fastes, voyageant, enfilant les villes d'Europe comme les perles d'un collier princier, nous jetant côte à côte dans le bruit de la vie.

Un roman superbe que je vous invite à lire.

Je l'ai aimé ce Victor, comme une folle, malgré moi, malgré lui, malgré le monde entier, grâce à Dieu et malgré le diable qui, parfois, s'en mêla aussi.

Commenter cet article
Q
Un grand merci pour cette piste de lecture.
Je note...
Passe une douce journée et prends bien soin de toi.
Répondre
P
Merci Quichottine,
j'espère que tu vas bien et ceux qui te sont chers aussi. Prends soin de toi dans cette période inquiétante. Je t'embrasse