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Les musardises de Parisianne

Jean Echenoz, Ravel

31 Mars 2020, 15:48pm

Publié par Parisianne

A ceux qui s'aventurent à lui demander ce qu'il tient pour son chef-d'oeuvre ; C'est le Boléro; voyons, répond-il aussitôt, malheureusement il est vide de musique.

Il y a quelques mois, j'étais au Touquet avec entre les mains Ravel de Jean Echenoz, quand j'ai appris par hasard que Ravel avait séjourné dans une villa de la station. 

Vous le voyez ici devant la villa La Floride, propriété de son ami Jacques Meyer.

Image Gallica

Image Gallica

Ravel, de Jean Echenoz, aux Editions de Minuit, c'est le récit des dernières années du si célèbre Boléro. Un portrait sans concession d'un personnage volontaire et exigeant, il ne s'agit en aucun cas d'une biographie.

L'écriture d'Echenoz traduit parfaitement les névroses du compositeur qui n'est pas présenté sous son jour le plus sympathique.

Il sait très bien ce qu'il a fait, il n'y a pas de forme à proprement parler, pas de développement ni de modulation, juste du rythme, et de l'arrangement. Bref, c'est une chose qui s'autodétruit, une partition sans musique, une fabrique orchestrale sans objet, un suicide dont l'arme est le seul élargissement du son. Phrase ressassée, chose sans espoir et dont on ne peut rien attendre, voilà au moins, dit-il, un morceau que les orchestres du dimanche n'auront pas le front d'inscrire à leur programme.

Jean Echenoz, Ravel

Un bref rappel à propos de ce concerto pour piano et orchestre, dit Concerto pour la main gauche, il a été composé par Ravel pour Paul Wittgenstein, entre 1929 et 1931.

Echenoz nous présente ainsi Paul Wittgenstein : "pianiste, prisonnier des Russes et déporté en Sibérie, est revenu du front sans son bras droit." Puis plus loin, "l'air toujours aussi fermé, petites lunettes et tempes rasées, anatomie raide et brusque, le bout de la manche droite vide de son veston est glissé dans sa poche".

La collaboration entre le compositeur et le pianiste n'ira pas au-delà de ce concerto. Paul Wittgenstein ayant pris sur lui d'arranger la composition du maître, je ne résiste pas à vous citer Echenoz :

 

Mais ça ne va pas, dit-il froidement. Ça ne va pas du tout. Ce n'est pas du tout ça. Ecoutez, veut se défendre Wittgenstein, je suis un vieux pianiste et, franchement, ça ne sonne pas. Je suis quant à moi un vieil orchestrateur, répond Ravel de plus en plus glacé, et je peux vous dire que ça sonne. Le silence qui s'assied dans la salle à ces mots sonne quant à lui plis fort encore. Malaise sous les moulures, embarras chez les stucs. Les plastrons des smokings pâlissent, les franges des robes longues se figent, les maîtres d'hôtel examinent leurs souliers.

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Q
Merci pour ce billet qui donne envie d'en savoir plus...
Passe une douce journée et prends bien soin de toi.
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E
J'avais ce livre il y a quelques années. Tu me donnes l'envie de le relire à l'occasion...
Merci, Anne, pour cette promenade musicale.
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