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Les musardises de Parisianne

Patrick Tudoret, L'Homme qui fuyait le Nobel

27 Octobre 2018, 16:52pm

Publié par Parisianne

Chagall vitrail

Chagall vitrail

Rien n'est plus agréable que les rencontres - qu'elles soient de voisinage sur un palier ou un coin de trottoir ou amicales autour d'un verre après une expo - qui conduisent vers une lecture. Voilà une bien belle découverte, merci Hugues !

Je ne connaissais pas du tout Patrick Tudoret, pourtant auteur d'une douzaine de romans et d'essais.

L'Homme qui fuyait le Nobel, est sorti en grand format chez Grasset en 2015, et la version poche chez Mon Poche en 2018.

Alternant récit et lettres à l'épouse défunte, Patrick Tudoret nous invite à marcher dans les pas de Tristan Talberg, écrivain reconnu qui vient de se voir décerner le Nobel.

Le prix Nobel ? Lui qui avait reçu deux ou trois des prix littéraires les plus en vue, jamais il n'y avait songé. Trop... institutionnel ! Trop... kitsch ! Trop naphtaliné ! Trop loin de lui en somme, qui n'aspirait plus, désormais, qu'à une retraite studieuse peuplée des livres aimés et à des marches solitaires sur les landes de Bretagne ou le flanc de quelque puy auvergnat.

C'est vers la marche que la consécration le pousse. D'abord fuite devant la horde journalistique et les honneurs, au fil des rencontres, Tristan Talberg - après avoir mis tout en œuvre pour n'être pas reconnu et empruntant aux personnages de ses œuvres leurs noms – se lance sur le chemin de Compostelle à la fois exploit physique et cheminement intérieur. Fuir pour retrouver son souffle, voilà ce que Patrick Tudoret nous fait vivre dans ce roman.

Cinq ans déjà qu'elle s'était fait la belle, le plongeant dans le désarroi le plus noir. Elle, la danseuse, sa « sylphide éthérée », sa femme adulée, tant aimée, l'avait un jour lâché, d'abord lentement, par à-coups, comme on s'éloigne sans bruit, au bord d'un lent déclin. Puis elle était partie, un jour, un matin, aux contreforts de l'aube, sans lui dire un seul mot. Cela faisait, d'ailleurs, longtemps qu'elle n'en disait plus.

Ces mots étouffés par la maladie qui ont conduit l'auteur à succès à faire taire sa plume, renaissent dans des lettres ; « Te rends-tu bien compte ? Cela fait cinq ans, cinq longues années depuis cette aube blanche où je t'ai découverte sans vie, que je ne me suis pas saisi d'un stylographe […] Cette nuit, il m'est venu je ne sais quelle inspiration, quelque chose du registre oublié de la soif, mais une soif qui ne s'étanche pas, une soif de toi, de ta voix éteinte que je voudrais de nouveau vivante [...] ».

Aveux, doux reproches ou récit de son aventure, Tristan Talberg ponctue son chemin de lettres à sa défunte adorée pour unir leurs voix jusqu'à une forme de renaissance. Les rencontres, les efforts, les luttes contre soi et les autres autant que contre les éléments, parfois, l'aideront dans sa quête de paix, de vie.

Au soir de cette terrible journée, je ne sens d'ailleurs plus mes jambes. Après des heures et des heures d'une marche qui m'aura brisé le moral et le dos, j'ai fini par trouver un havre improbable où un feu de bois m'a décongelé […] Je me dis, par moments, que j'ai été un peu léger, cruel et inconséquent, mais aussitôt le contrepoint me saisit : jamais, sans aucun doute, je n'ai ressenti pareil épuisement. Jamais, non plus, je ne me suis senti aussi libre, c'est-à-dire plus grand.

Tous les sentiments affleurent entre ces pages, colère, et abattement flirtent avec sérénité et joie de vivre, le tout dans un style parfois un peu érudit et parfois drôle souvent délicatement poétique.

Une lecture à laquelle je vous invite.

Devant eux, l'océan étalait son vert sombre tout ourlé d'écume ? Et si c'était ça, la vie ? Cette écume qui danse, un bref instant, sur la crête des vagues avant d'être emportée.

Visuel du format poche

Visuel du format poche

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E
Merci pour cette invitation à la lecture d'un auteur que je ne connais pas du tout.
Ce livre fera partie de mes prochaines lectures, assurément.
A bientôt Anne.
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