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Les musardises de Parisianne

Pascal Quignard, Dans ce jardin qu'on aimait

24 Juillet 2017, 09:49am

Publié par Parisianne

"Pour la beauté de la nature cet homme d'Eglise avait délaissé Dieu"

"Pour la beauté de la nature cet homme d'Eglise avait délaissé Dieu"

Pascal Quignard, oui encore ! Plusieurs découvertes ces derniers mois, puisque dernièrement nous évoquions Les Larmes

Dans ce jardin qu'on aimait raconte dans un texte envoûtant, entre théâtre et litanie, le révérend Simeon Pease Cheney "premier compositeur moderne à avoir noté tous les chants d'oiseaux (...) entendus dans sa cure au cours des années 1860-1880", et sa fille unique qui n'aura de cesse de faire connaître l'oeuvre d'une vie, ces notes retranscrites par son père qui inspireront à Dvorak son quatuor à cordes n°12.

Pascal Quignard définit ainsi son texte : " Cette double histoire (...) prit en moi la forme non pas d'un essai ni d'un roman mais d'une suite de scènes amples, tristes, lentes à se mouvoir, polies, tranquilles, cérémonieuses, très proches des spectacles de nô1 du monde japonais d'autrefois".

Installé dans l'Etat de New York, le révérend Cheney se partage entre ses paroissiens et son épouse. Cette dernière accorde toute son attention à son jardin "elle était heureuse en poussant sa brouette, avec sa bêche à la main, ses ciseaux, sa serpette, son arrosoir...".

Ces beaux jours s'assombrissent à la naissance de Rosemund, la jeune mère ne se relève pas de ses couches. Ses cendres sont dispersées dans le jardin.

"Elle est disparue la femme que tu aimes,
dans la mare,
près du canot,
au coeur du jardin qu'elle aimait.
"

C'est dans ce jardin que le révérend poursuit sa vie en sortant de la vie, il délaisse jusqu'à sa fille qu'il invitera à partir dès lors qu'elle sera plus vieille que sa mère à sa mort.

"Le merveilleux jardin de mon épouse, pour moi, est devenu une prison dont il faut que tu t'échappes."

Au-delà de l'histoire tragique de cet amour fauché par la naissance, et de la douleur de celle qui vit et partira enseigner le violoncelle avant de revenir à la cure, Pascal Quignard nous invite à écouter, écouter toujours, écouter plus profondément la nature qui nous entoure.

"C'est exactement ainsi que murmure la fraîcheur,
l'été,
quand la grenouille quitte son chapeau de feuilles à la fin du crépuscule,
et hèle son amour.
"

Un très beau livre, je ne peux que conclure en citant Pascal Quignard lui-même 

"J'ai été ensorcelé par cet étrange presbytère tout à coup devenu sonore, et je me suis mis à être heureux dans ce jardin obsédé par l'amour que cet homme  portait à sa femme disparue."

Laissez-vous ensorceler par la musique des mots, et celle de Dvorak (1841-1904) mais aussi de Messiaen (1908-1992) qui plus tard s'attachera aussi à écrire le chant des oiseaux.

 

1-    styles traditionnels du théâtre japonais venant d'une conception religieuse et aristocratique de la vie. Le nô allie des chroniques en vers à des pantomimes dansées

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Quichottine 24/07/2017 11:18

Décidément il faudra que je me penche sur ce livre... qui me réconciliera peut-être avec un auteur dont mes premières lectures ne m'ont pas convaincue.
Merci pour le partage, Anne.
Bises et douce journée.